Création de la haie magique (cahier des charges)

1- Mélanger les essences

La haie est composée d’une multitude d’essences végétales et se montre accueillante à la végétation spontanée.

A l’inverse de la haie de monoculture, la haie magique est une haie mélangée, composée à partir d’un grand nombre d’essences et associant des arbres, des arbustes et des buissons pour reconstituer un écosystème similaire à celui de la forêt.

La mixité des essences végétales composant la haie est la condition indispensable à la création d’un système équilibré et résilient, accueillant pour la biodiversité, en fournissant un cadre favorable à la survie et la reproduction. Par sa densité végétale, l’irrégularité de sa forme qui permet une exposition différenciée à la lumière, la haie mélangée propose aux espèces une grande diversité de niches écologiques qui s’équilibrent et se régulent entre elles..

Pour le choix des essences, on se reportera à la liste indicative des essences à adopter que nous donnons en annexe.

2 – Combiner 4 strates végétales

Dans la haie parvenue à maturité sont présentes les 4 strates végétales

La biodiversité de la haie est d’autant plus forte qu’elle est stratifiée. L’idéal est d’avoir une haie dotée de 5 strates dites “arborée“, “arbustive“, “herbacée“, “muscinale“ et où figurent des lianes. Une telle haie contient jusqu’à 65 plantes (arbres, arbustes, plantes herbacées), et plus d’une centaine si elle possède un ourlet herbeux. Cette diversité floristique est à l’origine de nombreuses chaînes alimentaires “emboitées“ impliquant les insectes, les oiseaux, les rongeurs.

Une haie “pluristratifiée“ ou à plusieurs étages, composée d’arbres et d’arbustes, d’herbes, de mousses et de lianes est plus riche qu’une haie basse. Pour profiter pleinement de ses rôles et garantir sa pérennité, il faut ménager à la haie une épaisseur suffisante à l’épanouissement des arbustes, et laisser à son pied une bande voire un ourlet herbeux.

Autant que possible, la haie-magique est entourée d’un pourtour enherbé pour atténuer l’effet de lisières et servir de refuge aux petits insectes précurseurs dans la chaîne alimentaire.

La couverture du sol avec du BRF permet d’entretenir au premier niveau de la haie une strate spécifique qui assure la reconstitution de l’humus.

3 – Utiliser des jeunes plants

Pour la plantation, on utilise seulement des jeunes plants forestiers

La plantation de la haie doit ne mettre en œuvre que des jeunes plants (souvent vendus racines nues) plutôt que des sujets plus âgés et déjà développés (baliveaux). Cette technique qui consiste à ne planter que des sujets dont la taille reste inférieure à 80 cm est issue de la gestion forestière.

L’expérience du reboisement des parcelles forestières venant de subir une coupe franche montre que les jeunes plants présentent à terme plus de qualités et une meilleure résistance. Ils s’adaptent plus rapidement au milieu et ne subissent pas de pause de croissance après la plantation. Ils se montrent également plus résistants aux différentes agressions et requièrent moins d’arrosage en cas de sécheresse. Last but not least, le coût de la haie se trouve également réduit lorsqu’on utilise de jeunes plants dont le prix à l’unité reste très inférieur à celui des arbres plus âgés livrés en containers (baliveaux).

4 – Sélectionner des essences locales

Pour choisir les essences à planter ou à préserver, on n’adopte que des essences locales et on laisse s’installer les essences indigènes

Une espèce indigène est une espèce qui croît naturellement dans une zone donnée de la répartition globale de l’espèce et dont le matériel génétique s’est adapté à cet endroit en particulier. Une espèce indigène est donc particulièrement adaptée au climat, à la faune et à la flore qui l’entoure. Planter une espèce indigène augmente les chances de survie des plants et favorise la reprise rapide après la plantation.  Une espèce indigène est adaptée aux conditions du milieu, au type de sol, etc. Elle n’aura donc pas besoin de soin spécifique, l’arrosage, les engrais ou les pesticides ne sont quasiment pas nécessaires.

Pour le choix des essences, on se reportera à la liste indicative des essences à adopter que nous donnons en annexe.

5 – Reconstituer le milieu forestier

Une haie large ou une double haie bordant un chemin crée une ambiance et des habitats proches de ceux observés dans les milieux boisés. Selon leur configuration et la situation, les haies vont dispenser différents effets sur les flux biologiques et la propagation des espèces animales comme végétales : effet de lisière (double) et d’écotone lorsqu’elles sont au contact d’autres milieux.. Comme formation végétale “contenue“ artificiellement, la haie est un excellent“écotone“, un espace de contact entre milieux ouverts et fermés, entre ombre et lumière, du simple fait de sa présence et parce qu’elle fractionne l’espace.

La haie magique est composée de minimum deux bandes comportant différentes strates chacune. La largeur de la haie détermine sa durabilité. Plus la haie est large et plus le taux de reprise des plants sera important ainsi que la possibilité de colonisation par des essences locales disséminées par le vent ou les animaux. Une haie large ou une double haie bordant un chemin crée une ambiance et des habitats proches de ceux observés dans les milieux boisés. La double bande composée d’arbre, d’arbustes de plantes herbacées, de lianes et de mousses est le minimum requis et la haie magique ne prévoit pas de nombre de rangées maximum.

Une largeur de haie d’au moins 3 mètres est recommandée pour un meilleur effet brise-vent.

6 – Se relier à la TVB

Autant que faire se peut, les plantations visent à restaurer les connectivités biologiques.

Selon leur configuration et la situation, les haies peuvent dispenser différents effets sur les flux biologiques et la propagation des espèces animales comme végétales :

  • effet de barrière, lorsqu’elles forment un obstacle à la progression
  • effet corridor, lorsqu’elles forment un couloir, ou un relais de circulation
  • effet de lisière (double) et d’écotone lorsqu’elles sont au contact d’autres milieux

Pour le choix d’implantation de la haie et la sélection des essences, on mettra en œuvre différentes stratégies pour insérer la haie dans la TVB : le renforcement des continuités écologiques, l’extension de zones primaires en limitant notamment les effets de lisière et par une couverture en « taches de léopard » (pas japonais), l’adoucissement de la matrice urbaine.

Implantés à bon escient, les haies mélangées forment des micro-réservoirs de biodiversité qui peuvent jouer un rôle dans le renforcement des corridors écologiques et consolider la trame verte urbaine. Afin de compenser les effets négatifs de la forte fragmentation des habitats naturels en zone urbaine, les biologistes de la conservation ont conseillé d’accroître la connectivité entre les habitats afin de maintenir, et si possible d’améliorer, la viabilité des populations d’espèces cibles.

Ainsi, la connectivité entre les taches d’habitats au sein d’un paysage est devenue un enjeu fort pour la conservation de la biodiversité. Une des options couramment retenue pour rétablir la connectivité est la mise en place de corridors entre les habitats déconnectés. Avec leur profil linéaire et leur forte densité végétale, les haies mélangées peuvent constituer des éléments constitutifs des corridors.

Mais la connectivité n’est pas l’unique réponse à la fragmentation et la dégradation des habitats naturels. La préservation de la biodiversité doit aussi être raisonnée en termes de quantité et de qualité des habitats naturels, via l’amélioration de la qualité de la matrice.

A côté de modèles visant à restaurer des continuités perdues (a), les haies mélangées peuvent contribuer à améliorer la qualité de la matrice avec la création de pas japonais (b). Il restera toujours intéressant de travailler sur les noyaux primaires de biodiversité, en augmentant la taille de la zone protégée par la création de haies aux lisières (c). Les espaces de connexion et d’intersection entre les haies sont des carrefours particulièrement riches et précieux, d’où la valeur d’un maillage urbain de type bocager.

Nous y installons également le cas échéant un « hôtel à insectes » et un nichoir à oiseaux.

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Conseils généraux

Il faut se souvenir que la diversité écologique d’une haie augmente avec :

  •  la largeur : une haie de 5 à 10 m,
  • le nombre de strates (arbres, arbustes, buissons),
  • une strate herbacée (ourlet) non traitée et présente de part et d’autre de la haie,
  • une variété d’essences autochtones (cortège d’insectes associés bien plus riche que les espèces exotiques) ; nectarifères et florifères, notamment en hiver (lierre, viorne, aubépine, prunellier).
  • de vieux arbres conservés (essentiels pour les insectes saproxyliques, souvent menacés, et qui ne causent pas de dégâts sur les arbres vivants),
  • un maillage de type bocager interconnecté à des talus, fossés, murs de pierre, bois, cours d’eau…
  • la présence d’un talus (qui favorise la biodiversité animal et piège les vents dominant en récupérant les limon lessivés par les pluies)

 

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Cas particulier des haies de production

  • Remplacer les tailles latérales annuelles par des passages espacés tous les 5 à 7 ans, avec des outils adaptés.
  • Des haies larges (4 m d’emprise au sol) pour optimiser la production de bois.
  • Préserver les jeunes tiges (baliveaux) pour préparer les arbres d’avenir
  • Prélever pied à pied tous les 9 à 12 ans selon la productivité
  • Favoriser les essences adaptées au milieu, en privilégiant les espèces à bois dur (chêne, hêtre, charme, érable champêtre…).
  • Exploiter des tronçons de haie de 200 m maximum, pour maintenir les services environnementaux des haies (brise-vent, corridor écologique…).

Ingénierie sociale

Conduits par les professionnels du paysage, les chantiers de plantation visent à reconfigurer le paysage végétal de la zone, conformément aux études préalables et à la concertation menée avec les parties prenantes. L’association Haie-Magique accompagne cette reconfiguration qui se fait par étapes successives, en plantant de nouveaux espaces verts et en requalifiant ceux déjà existants. Dans cette phase, une extrême attention est portée au respect des espèces déjà présentes sur le site et à la préservation des usages et bénéfices identifiés par les parties prenantes.

Autant que possible, les habitants et les membres de la communauté d’intérêt sont mobilisés pour participer aux chantiers techniques de plantation/requalification, sous la gouverne des professionnels et de l’association Haie-Magique.

Ces chantiers sont planifiés aux périodes propices à la reprise, en harmonie avec les rythmes naturels. Selon les besoins, ils peuvent se dérouler sur une période longue (12 à 18 mois) de manière à organiser une transformation douce du paysage, respectueuse des espèces présentes sur le site et des habitudes des habitants.

Le chantier terminé, il est recommandé d’installer une signalétique à destination des passants expliquant la haie, sa composition, son utilité en termes de biodiversité, invitant à la cueillette des produits disponibles (baies, fruits, etc).

 

 

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