Les haies mélangées dans les corridors de la trame verte urbaine

Compte tenu de leur faible surface, d’un entretien souvent intensif, des effets de lisières, les haies urbaines donnent l’impression de ne contribuer que modestement à la biodiversité en ville. Pourtant les haies sont un élément important du paysage végétal. En bordure des parcelles et des bâtiments, les haies forment autant d’espaces naturels de proximité qui peuvent jouer le rôle de corridors, à l’instar des ripisylves, des lisières forestières, des bandes enherbées, des bords des routes et autres voies de communication artificielles créées par l’homme.

Où se situe le rôle des haies bocagères disséminées sur le territoire urbain pour contribuer à la préservation de la biodiversité ? Leur rôle principal semble de renforcer les corridors écologiques en participant de la connectivité entre les réservoirs de biodiversité.

Dans un article intitulé « Corridors écologiques et conservation de la biodiversité, intérêts et limites pour la mise en place de la Trame verte et bleue »[Disponible  en ligne], Revue SET, 2010, no. 03, p. 34-39 (consulté le 08/01/2014), Laurent Bergès, Philip Roche et Catherine Avon ont étudié le rôle de ces corridors écologiques et leur fonction au service de la biodiversité.

La connectivité biologique

schema_trame_verteL’ensemble des éléments du paysage qui participent à favoriser ou limiter le déplacement des individus d’une espèce donnée définit la « connectivité fonctionnelle du paysage ». Il faut bien distinguer la « connectivité biologique ou fonctionnelle », qui est dépendante des exigences écologiques des espèces considérées, et la « connectivité spatiale ou structurelle », qui qualifie simplement le degré de lien physique entre éléments d’un paysage.

Afin de compenser les effets négatifs de la fragmentation des habitats naturels, les biologistes de la conservation ont conseillé d’accroître la connectivité entre les habitats afin de maintenir, et si possible d’améliorer, la viabilité de la population d’espèces cibles (Bennett, 2003).

L’importance des corridors écologiques

De manière générale, le corridor désigne toute liaison fonctionnelle entre des écosystèmes ou entre différents habitats d’une espèce (ou d’un groupe d’espèces interdépendantes), permettant sa dispersion et sa migration

Ainsi, la connectivité entre les taches d’habitats au sein d’un paysage est devenue un enjeu fort pour la conservation de la biodiversité. Une des options couramment retenue pour rétablir la connectivité est la mise en place de corridors entre les habitats déconnectés

Par ailleurs, l’intérêt des corridors a été souligné plus récemment dans le cadre des conséquences écologiques des changements climatiques, car ceux-ci vont provoquer inexorablement des changements géographiques des conditions bioclimatiques et ainsi forcer de nombreuses espèces à migrer afin de conserver des conditions favorables à leur cycle de vie.

Différents types de corridors écologiques

corridors_structuresDe façon plus générale, les corridors remplissent plusieurs rôles : habitat (permanent ou temporaire), conduit ou couloir pour la dissémination des espèces, filtre, barrière, source (des individus émanent du corridor) ou puits (les organismes pénètrent dans le corridor, mais n’y survivent pas).

Les corridors peuvent prendre plusieurs formes : le corridor linéaire, avec nœuds, avec nœuds discontinus (dit en « pas japonais ») ou la mosaïque paysagère. Un corridor peut toujours jouer plusieurs rôles simultanés, mais pour différentes espèces. Par exemple, un corridor boisé peut être un conduit de dispersion pour les espèces forestières mais un filtre pour les espèces des prairies.

Avantages et inconvénients des corridors

Les promoteurs des corridors soulignent qu’ils agissent comme des conduits, facilitant le mouvement des individus entre taches, permettant des flux de gènes, réduisant les fluctuations du niveau de populations, les risques de dépressions de consanguinité et diminuant ainsi le risque d’extinction des populations (tableau 1).

corridors_avantages_inconvenients

Une méta-analyse publiée récemment [3] (Gilbert-Norton et al., 2010) montre que le corridor augmente en moyenne de 50 % le déplacement des individus entre taches, en comparaison de taches non connectées par un corridor. Mais également que les groupes taxonomiques ne sont pas tous favorisés. Ainsi, les mouvements des oiseaux sont moins favorisés que les mouvements des invertébrés, des autres vertébrés et des plantes.

Le rôle des corridors est ainsi devenu un sujet de débat scientifique et de recherche très actif depuis plus d’une dizaine d’années Les recherches sur le rôle des corridors écologiques sont récentes et si les synthèses les plus récentes montrent un rôle globalement positif en accord avec les théories de l’écologie, elles n’ont pas encore apporté de preuves irréfutables d’un rôle positif des éléments de connectivité dans le paysage suffisant pour compenser les effets néfastes de la fragmentation des habitats sur la biodiversité.

Les auteurs cités ont dressé un bilan des effets des corridors et des rôles joués pour différents groupes taxonomiques (plantes, arthropodes, oiseaux et micromammifères) en fournissant également quelques indications sur la nature et la largeur souhaitable pour qu’ils remplissent au mieux leurs fonctions.

À l’inverse, les corridors peuvent avoir des rôles négatifs sur la biodiversité.

corrdors_effets_faune

L’efficacité des corridors dépend de nombreux critères : modalités de dispersion et comportement des espèces, caractéristiques du corridor et nature de la matrice environnante. Cependant, le maintien et la restauration de la connectivité ne constituent pas un changement artificiel du paysage mais un retour à une situation antérieure où les milieux étaient moins dégradés et moins fragmentés. L’application d’un principe de précaution conduirait en priorité à conserver les corridors existants. De plus, ayant beaucoup de preuves des effets néfastes de la perte d’habitats sur l’isolement des populations et des communautés, il est logique de chercher à compenser la fragmentation (Bennett, 2003).

Stratégies alternatives

Malgré tout, il est important de considérer que la connectivité n’est pas l’unique réponse à la fragmentation et la dégradation des habitats naturels. La préservation de la biodiversité doit aussi être raisonnée en termes de quantité et de qualité des habitats naturels, via la diminution des pressions humaines sur les milieux naturels, l’accroissement des zones protégées et l’amélioration de la qualité de la matrice. Pour résumer, il convient de procéder à une requalification écologique généralisée des territoires.

strategies_haies

A côté de modèles visant à restaurer des continuités perdues (a), on peut envisager d’améliorer la qualité de la matrice avec la création de pas japonais (b). Il restera toujours intéressant de travailler sur les noyaux primaires de biodiversité, en augmentant la taille de la zone protégée par la création de haies aux lisières (c).

Le SRCE et les continuités écologiques


Eclairage d'un Naturaliste sur le Schéma… par Natureparif

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