Entretien des espaces verts : de quoi l’injonction à « faire propre » est-elle le nom ?

Dans le cadre de nos chantiers de plantation en zone urbaine, nous allons au devant des habitants pour recueillir leurs attentes et comprendre comment ils vivent leurs espaces verts de proximité.  Un concept (et une critique) sont assez récurrents dans les verbatim : le « faire propre », l’espace vert doit être entretenu de manière à donner une impression de « propreté ».

Quand nous recevons cette injonction en tant qu’association s’occupant de la biodiversité en ville, la première réaction n’est pas évidente. Pour notre part, nous cherchons à recréer des espaces forestiers, le plus « fouillis » possible, en laissant la végétation spontanée s’installer et ne procédant à aucun désherbage (sauf envahissement mettant en péril nos jeunes plants). D’une manière plus générale, les collectivités locales qui mettent en place une gestion différenciée des espaces verts sont confrontées à ce paradoxe : plus de Nature en ville, c’est aussi la nécessité de revisiter la relation entre services techniques et administrés.

Passée notre première réaction épidermique, lorsque l’on entre dans la discussion, on parvient à décrypter plusieurs messages que les gens envoient à travers cette injonction à « faire propre ».

L’attention des pouvoirs publics

En premier lieu, les habitants qui se plaignent que les espaces verts ne sont pas propres dénoncent en fait ce qu’ils considèrent comme un défaut d’entretien.  Les services ne passent pas suffisamment dans leur quartier,  ; lorsqu’ils viennent dans la résidence, les ouvriers ne sont pas assez actifs. L’entretien est sélectif et laisse à l’abandon certaines zones où l’herbe pousse et les mauvaises herbes s’installent.

La « propreté » de l’espace vert est le baromètre de l’attention des services municipaux accordée au quartier, à la résidence.

Le standing du quartier, de la résidence

A tel endroit, dans telle ville, les espaces verts sont plus propres. Mais ils ont plus de moyens que notre commune ou là-bas ce sont des quartiers de standing.  La propreté de l’espace vert est ici métonymie pour décrire la fréquence et l’intensité des opérations d’entretien et par là, le standing du quartier ou de la résidence. Dans l’imaginaire collectif, des espaces verts  « propres » -dont l’entretien est visible- mesurent directement une stratification sociale., la valeur du foncier, les moyens financiers de la collectivité.

La revendication d’une compétence

Ce n’est pas propre, les services techniques et les paysagistes ne savent plus travailler. S’ensuivent souvent des considérations techniques plus ou moins pertinentes sur la taille des végétaux, la hauteur des pelouses, les gestes techniques déployés par les ouvriers, voire leur manque de cœur à l’ouvrage.

Ici le discours du « faire propre » sert la revendication -souvent nostalgique de la part de citadins- d’une compétence ou d’une expérience en matière de jardinage, l’espace vert étant assimilé à un grand jardin dont les services techniques auraient à s’occuper en respectant les principes ancestraux de gestion d’un domaine rural idéalisé.

Un espace vert monofonctionnel et tenu à distance

Quand on leur demande de préciser leurs attentes à propos de la propreté de l’espace vert, les gens sont en difficultés pour préciser ce qu’ils voudraient exactement. Ils évoquent l’aspect général du paysage, reformulent en précisant que les espaces ne sont à leur avis pas assez entretenus mais ils ont rarement de revendications concrètes. Si on leur annonce que l’herbe va désormais être plus haute et que les arbustes pousseront en forme libre, cela ne les dérange pas outre-mesure. Par ailleurs, on remarque (à confirmer de manière plus statistique) que la demande de « propre » émane souvent de personnes qui n’utilisent pas les espaces verts ou les traversent rapidement dans leurs déplacements utilitaires. Ce qui est objectivé, c’est une sorte de paysage idéal, le panorama sous les fenêtres d’une nature domestiquée « à la française ».

Lorsqu’on interroge des personnes qui utilisent réellement les espaces verts (mamans de jeunes enfants, nounous, propriétaires de chien), il est rare que soit exprimé la demande d’un entretien plus poussé. Les revendications portent plus sur la sécurité des lieux (sécurité des enfants, délinquance) et le ramassage des détritus.

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